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Le pas funambule

Darren Almond
Vanessa Billy
Etienne Chambaud
Elisabeth S. Clark
Laurence Descartes
Mohéna Kühni
Markus Kummer
Alvin Lucier
Tony Morgan
Rivane Neuenschwander & Cao Guimarães
Mio Chareteau
Anne Le Troter

En équilibre, le funambule marche entre deux mondes, il prend des risques, s’adapte et se renouvelle sans cesse. Entre le départ et l’arrivée, le passé et le futur, le réel et l’imaginaire, par une démarche physique tout autant que poétique, il est un passeur. S’appropriant les contraintes du monde réel et les lois de la gravité, il les rejoue dans un mouvement presque utopique où le temps semble suspendu, entre parenthèses.
Planant comme une image mentale au-dessus de l’exposition, le pas funambule agit sur les œuvres par suggestion et contamination, provoquant des associations et des rapprochements inattendus, révélant de manière souvent furtive une fragilité réelle ou allusive qui se trouverait au cœur même du processus de création.

Exposition du 18 avril au 26 mai 2013
Commissariat de l’exposition : Marie-Eve Knoerle, Charlotte Seidel, Isaline Vuille
Exposition hors-les-murs, Piano Nobile invité aux Halles de la Fonderie à Carouge dans le cadre du Printemps Carougeois.
Publication : le pas funambule, conception Marie-Eve Knoerle, Charlotte Seidel, Isaline Vuille, cartes blanches à Angèle Laissue (photographies) et Fabienne Radi (texte), graphisme Dimitri Delcourt.
Feuille de salle (pdf)
Flyer (pdf)




Vanessa Billy


Alvin Lucier


De G à D : Vanessa Billy, Markus Kummer, Mohéna Kühni


De G à D : Markus Kummer, Darren Almond, Markus Kummer, Vanessa Billy


Mohéna Kühni


Darren Almond


Rivane Neuenschwander

 

Crédit photographique exposition : Andreas Kressig
Crédit photographique performances : Lucas Olivet

Piano Nobile bénéficie du soutien de la Ville de Genève - Départementde la culture et du sport, de la République et canton de Genève, de la Fondation pour la promotion de lieux pour la culture émergente. La programmation 2013 bénéficie du soutien de la Loterie Romande, du Pour-cent culturel Migros. L’exposition bénéficie du soutien de la Ville de Carouge. Soutien logistique : Haute école d’art et de design – Genève (HEAD)

 

 

 


Quand le funambule marche son fil, tout se concentre dans son pas, qui met en jeu son corps et les conditions extérieures, avec lesquelles à la fois il lutte et sur lesquelles il s’appuie. Figure d’un impossible rêvé, seul au-dessus du vide, le funambule défie les lois naturelles, prend des risques, s’adapte et se renouvelle sans cesse. Entre son départ et son arrivée, le temps est comme suspendu – un temps où tout peut arriver.
De cette figure fantasmée – dépouillée des bruits du cirque et d’un certain sensationnalisme –, on aimerait conserver une image mentale, légèrement floutée et décalée, mais toujours reconnaissable. À travers ce prisme, le processus de création pourrait porter la trace du pas funambule, possible paradigme de la création artistique.
Entre les prémisses d’une oeuvre et la forme qu’elle prendra, il y a un écart, un cheminement à la fois mental, temporel et concret – une certaine versatilité peut-être, des points de bascule.
Une oeuvre se construit sur une multitude de strates et de variables, marquée par des souvenirs, des lectures, des recherches, un imaginaire ; sensible aussi aux découvertes faites lors de la réalisation, au comportement de la matière travaillée, aux questionnements sur le but à atteindre, aux interférences extérieures, au temps qui passe (aussi bien que le temps passé avec l’oeuvre).
Que les artistes essaient d’effacer les traces de ces parcours, ou au contraire qu’ils jouent avec ces données pour les intégrer et les rendre visibles, chacun travaille dans et avec un processus.
L’exposition ‘le pas funambule’ ne vise pas à cerner les chemins de la création ni à en rendre visibles les ressorts, mais propose plutôt d’expérimenter une impression – du funambule, on n’a peut-être qu’un sentiment vague, mais on imagine le vide, l’équilibre précaire, le cheminement.
Liées par association et par affinité au pas funambule qui plane au-dessus de l’exposition, les oeuvres présentées intègrent une certaine fragilité comme point focal de leur développement.
Témoignant d’une capacité d’ouverture, d’une disponibilité à ce qui arrive, elles accueillent des variations, des changements de cap, des dégradations. Elles désignent ou déroulent une temporalité particulière, induisent une densification du temps, une intensité plus forte. D’une certaine ténuité émerge la multiplicité des possibles.

Darren Almond
Né en 1971 à Wigan (Angleterre), vit et travaille à Londres.
Dans plusieurs séries, dont celle de ‘Full Moon’, Darren Almond photographie des paysages éclairés par la pleine lune, qu’il capture par des poses très longues. Révélée par l’image, une lumière surnaturelle, forte et brumeuse ; les détails fixes du paysage apparaissent avec une netteté particulière, tandis que les éléments mouvants (nuages, eau, etc.) dessinent des zones ouatées, dilatées par le temps. S’intéressant souvent à des lieux chargés d’histoire – qu’il s’agisse de l’Histoire, de l’histoire de l’art ou de son histoire personnelle, Darren Almond revisite en même temps une tradition picturale et photographique du paysage, et donne une vision particulière de ces espaces – dont un moment de l’existence nous est donné en une seule image.

Laurence Descartes
Née en 1974 à Monthey, vit et travaille à Genève.
Dans ses oeuvres, qui témoignent d’une grande économie de gestes et de moyens, Laurence Descartes suggère un univers en mouvement, explore différents états des choses, en fixe parfois des aspects furtifs, ou au contraire les suit dans leur évolution. L’oeuvre s’élabore autour du matériau et interroge ses potentialités, souvent en lui appliquant un geste systématique qui se déploie sur une durée.
Pour ‘le pas funambule’ Laurence Descartes propose un film super 8 qui montre l’utilisation d’un stylo feutre jusqu’à son épuisement. Geste mi-automatique et mi-dirigé, geste du dessin rapporté ici à sa plus simple expression : la ligne. Le transfert de support, du papier au film ainsi que le mouvement, l’embobinage et le rembobinage s’entremêlent dans une sorte de boucle continue, rythmée par la cadence du projecteur.

Markus Kummer
Né en 1974 à Zug, vit et travaille entre Berne et Zurich.
Les oeuvres de Markus Kummer sont une conjonction entre la sculpture et l’espace dans lesquelles elles s’insèrent. Ni complètement autonomes ni complètement installatives, elles explorent à la fois les potentialités des matériaux et les caractéristiques des lieux. Travaillant le plus souvent avec du matériel de construction tel le ciment ou le métal, l’artiste tente de déconstruire des éléments connus, comme les murs, ou les sols, jouant entre stabilité et équilibre précaire, solidité et fragilité. D’un statut équivalent au matériau et au lieu, le geste a un rôle central dans le travail de Markus Kummer - parfois enregistré, il se donne à voir dans l’oeuvre même, comme une sorte d’instantané.

Étienne Chambaud
Né en 1980 à Mulhouse, vit et travaille à Paris.
Travaillant selon le principe d’intertextualité, Etienne Chambaud interroge les contextes et les conditions d’apparition des oeuvres d’art, ainsi que la manière dont on les charge d’un sens ou d’un récit particulier.
Dans la série des ‘Objets rédimés’, l’artiste a réalisé des reproductions en verre d’objets courants, tels qu’un parapluie, une bouteille, un sac, une corde, un balai, un marteau, une pile de livres. Objets rachetés, sortis du bal des usages… objets readymade ? Pour activer la pièce dans une exposition, le verre doit être cassé, jeté depuis le plafond ; dans l’exposition resteront les bris, accompagnés du protocole de la pièce. Celle-ci existe ainsi en plusieurs états et s’accomplit par sa destruction. Paradoxalement, puisqu’il s’agit d’éditions limitées, plus la pièce est montrée, plus elle disparaît. Les bris de verre ne seraient toutefois pas la fin de l’oeuvre mais le cycle se poursuivrait avec l’ensemble des oeuvres cassées, refondues dans une nouvelle forme.

Tony Morgan
Né en 1938 à Pickwell, Angleterre, décédé en 2004 à Genève.
Dans le film ‘Shatter’, un marteau frappe la surface d’une vitre à petits coups répétés et rapides, variant un peu selon la lassitude de l’homme derrière la vitre. Eprouvant pendant de longues minutes la résistance du verre et testant en quelque sorte ses limites, cette action se résout par sa chute attendue : l’éclatement de la vitre (shatter). Avec une mise en scène extrêmement minimale – la présence humaine est seulement suggérée, ce film évoque la question de l’oeuvre comme miroir, qui se brise, et nous invite à aller au-delà. Ce face-à-face est également pour Tony Morgan une manière de parler du double, qui occupe une place centrale dans son oeuvre. Pendant plusieurs années, il a en effet travaillé autour du personnage d’Herman, son double androgyne – réalisant affiches, films et photographies qui rendent compte de sa vie fictive.

Elisabeth S. Clark
Née en 1983 en Tunisie, vit et travaille entre Londres et Paris.
Entre installation et performance, Elisabeth S. Clark réalise des pièces qui s’activent en plusieurs temps, et existent en différents états. Souvent à peine visibles, ses oeuvres se développent dans les interstices des espaces d’exposition, dont elles révèlent les caractéristiques, tout en y ajoutant un aspect poétique. 'A spark kept alight’ est composée d’une suite de feux de Bengale maintenus sur un fil suspendu au-dessus de l’espace d’exposition. Une fois la pièce activée, l’étincelle suit lentement son chemin ; comme un domino, chaque bougie enflamme la suivante, jusqu’à ce que la dernière s’éteigne. Evocatrice de souvenirs, l’étincelle fascine par sa persistance qui semble dilater le temps… L’oeuvre sera activée lors du vernissage ainsi que durant les dernières heures d’ouverture de l’exposition, le 26 mai.

Vanessa Billy
Née en 1978 à Genève, vit et travaille à Zurich.
Chez Vanessa Billy, le processus de création se déploie en plusieurs temps, et prend la forme d’une négociation entre ses décisions, ses gestes et le comportement des matériaux. Plutôt qu’avec le hasard, elle traite avec le devenir des choses – des matériaux, des objets avec lesquels on vit. C’est pourquoi elle travaille souvent avec des éléments récupérés, chargés d’anciens usages, obsolètes, désactivés ; en utilisant ces formes et ces matières déjà existantes, en les rejouant par le déplacement, l’assemblage, le réagencement, elle leur donne une autre vie.
Dans la série des ‘Oil Spills’, Vanessa Billy utilise de l’huile de moteur usée et destinée au rebut, dont elle explore les potentialités et les caractéristiques en la répandant sur un papier. Plus ou moins sombres selon la charge en particules de l’huile, les taches formées s’étendent sur le papier, processus qui se développe lentement et ne s’arrête jamais complètement.

Mohéna Kühni
Née en 1984 à Lausanne, vit et travaille à Berne.
Travaillant à partir d’un répertoire de formes et d’objets qu’elle collectionne et qu’elle rejoue au fil des installations et des projets, Mohéna Kühni développe une oeuvre dans les interstices entre l’utile et l’inutile. Des objets trouvés ou fabriqués sont ainsi mis au service d’installations qu’on ne sait pas vraiment comment appréhender, qui se trouvent souvent dans les lieux de passage, nécessitant une certaine attention pour être (bien) regardés. Utilisant la lumière comme pour mettre en scène des personnages, du son et des mots pour leur donner une voix, Mohéna Kühni s’intéresse aux micro-événements de la vie ordinaire, aux contextes qu’elle traverse, aux relations des choses et des gens et aux usages.
La pièce réalisée pour ‘le pas funambule’, entre mobilier domestique et vitrine d’exposition, rejoue le processus de sa construction, et évoque plus généralement l’idée de fabrication et de travail.

Rivane Neuenschwander
Née en 1967 à Belo Horizonte où elle vit et travaille.
Dans des vidéos, des installations ou des oeuvres sur papier, Rivane Neuenschwander questionne la fugacité des choses et du temps, ainsi que les mystères de la perception. Soulignant tout en capturant des aspects de cette fragilité, elle travaille avec des matériaux périssables, mesure le temps qui passe, et enregistre des petits événements.
Dans la vidéo ‘Inventory of small deaths (blow)’, réalisée en collaboration avec Cao Guimarães, la caméra filme le mouvement lent et lourd d’une bulle de savon, qui évolue dans un paysage tropical brésilien. On y aperçoit des palmiers et des nuages, un monde en miniature. La bulle s’élève dans le tourbillon du vent, se déforme, sans jamais éclater – le moment de sa disparition restant en suspens, reporté à l’éternité.

Alvin Lucier
Né en 1931 à Nashua, New Hampshire.
Compositeur important de musique expérimentale, Alvin Lucier est également artiste et écrivain. Développant des environnements sonores, il explore les potentialités des phénomènes naturels - acoustiques ou psychoacoustiques, ainsi que de l’être humain - ses défauts et résonances.
OEuvre emblématique, ‘I am sitting in a room’ est une pièce sonore réalisée avec deux magnétophones enregistreurs et deux systèmes d’amplification. Prononçant un texte, l’artiste enregistre sa voix ; puis il rejoue l’enregistrement, tout en le réenregistrant avec un autre magnétophone ; le nouvel enregistrement est à nouveau joué et enregistré, et ainsi de suite. Le texte récité décrit l’action en train de se dérouler, mettant en évidence les fréquences de résonance de l’espace, et une sorte de lissage des irrégularités de sa voix. Le langage devient de plus en plus abstrait, perd son intelligibilité et se transforme en son, devient une sorte de musique qui ne garde de la voix que les inflexions et le rythme, et érode la notion du temps et même l’idée de répétition. Comme de nombreuses pièces d’Alvin Lucier, ‘I am sitting in a room’ existe sous la forme d’un protocole à activer, à chaque fois différente selon les propriétés de la voix et de l’espace où elle a lieu.

SOIRÉE DE PERFORMANCES

Mio Chareteau
Née en 1973 à Genève, vit et travaille à Berlin et Genève.
Dans son travail de performance, de vidéo et/ou d’installation, Mio Chareteau superpose ses investigations autour de mouvements ou de gestes souvent répétitifs, à des recherches sonores. On se trouve dans l’univers de la mesure et de la précision. Partant d’un protocole qui s’apparente à une partition, la durée d’un mouvement a toujours une influence sur le son produit et inversement le temps est calculé selon l’action à réaliser (un volume de graines à jeter par exemple, un crayon à tailler jusqu’à ce qu’il disparaisse) ou calqué sur les heures de travail syndicales, avec la part d’aléatoire que contient une opération humaine. L’artiste s’intéresse notamment à « un travail d’écriture de la bande sonore pour qu’elle devienne un dessin du lieu ».

Anne Le Trotter
Née en 1985 en France, vit et travaille à Genève.
Anne Le Troter explore le terrain de la performance comme un moyen de redonner sous une forme modifiée les observations qu’elle fait d’un quotidien, d’un univers domestique ou de son propre travail de sculpture en atelier. Lors de l’écriture de ‘L’Encyclopédie de la matière’ par exemple, elle « tente de comprendre la transformation du métal, du textile, du plastique, du verre... par déduction logique de pensée ».
Elle enregistre, transcrit puis réécrit ses observations, les publie dans des micro éditions ; lors de performances, elle les lit tout en combinant différentes sources sonores ou visuelles, travaillant les enceintes comme des sculptures. L’artiste s’intéresse à la manière dont le flux de la pensée - elle parle aussi du flot - peut être révélé ou traduit à haute voix.


Mio Chareteau


Anne Le Trotter