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Taking place

Camille Dumond
Benjamin Husson
Jessica Pooch
Anja Schori
Liza Trottet

Des situations se créent autour d’objets représentés, manipulés, de détails architecturaux multipliés ou détournés, dans cette exposition qui réunit cinq artistes et divers médiums ; des réflexions sur l’espace public, domestique, d’exposition et sur l’espace de présentation même s’y côtoient.

Exposition du 27 novembre 2014 au 10 janvier 2015
Commissariat de l’exposition : Marie-Eve Knoerle
Feuille de salle (pdf)

Flyer (pdf)


Premier plan : Liza Trottet

Jessica Pooch


Jessica Pooch


De gauche à droite : Anja Schori, Jessica Pooch, Benjamin Husson

Benjamin Husson

 


Crédit photographique : Mauve Serra

Soutiens : Ville de Genève, République et canton de Genève, Loterie Romande, Pro Helvetia, Fondation suisse pour la culture, Pour-cent culturel Migros, Ville de Carouge, Fondation pour la promotion de lieux pour la culture émergente
Soutien logistique : Haute école d’art et de design – Genève (HEAD)

 

 

 

Interviews entre les artistes et Marie-Eve Knoerle

Liza Trottet
*1987, vit et travaille à Allamand

« Il s’agit d’une exposition entière, reproduite dans les espaces de ce palais. Entière au sens où même l’architecture du lieu d’origine et non seulement les oeuvres sont inclus dans le projet. Des parois et même des parquets ont été construits, superposés au bâtiment. Vous vous retrouvez dans une sorte de croisement architectural. » Ces phrases extraites de ton essai Espace/mouvement, de la promenade dans divers contextes (février 2014), me semblent être une bonne amorce pour parler du travail que tu proposes pour Taking place. Dans cet essai, tu décris notamment l’expérience de spectateur dans une situation d’exposition – dans cet extrait le cadre d’une exposition historique « rejouée » ; la mise en abyme ou même la fictionnalisation de l’espace traversé, expérimenté, une manière de le cartographier, y est récurrente et tu ajoutes des réflexions sur la pratique de l’exposition. Peux-tu indiquer quelques éléments par rapport à ton appréhension d’un espace d’exposition ?

Tu découperas le réel en très fines tranches que tu déposeras sur des plaquettes transparentes. Chacune, prise séparément, semblera presque abstraite mais aussi très précise comme lorsque tu observes des cellules sous un microscope.  Si tu les réunis toutes, si tu observes à nouveau dans l’épaisseur des strates innombrables pour retrouver ton image de base, tu ne verras que des chimères ; des reflets de ce réel inaccessible à force d’être multiple. Ton œil percevra les lignes, les pleins et les vides mais ils sembleront tous inconnus, déformés. C’est un glissement impossible à arrêter, une sensation de presque comprendre lorsque soudain tout s’évanouit ; à nouveau noyé dans l’absurdité d’une carte géologique trop complexe. Quelque chose émerge alors de ces allers-retours incessants : une image, une idée qui se détache du fond emmêlé. Cette pensée prend forme doucement mais elle restera toujours tronquée. Elle est la trace visible d’une expérience vécue dans un espace et dans une durée, le mélange imprécis de réflexions désordonnées et d’impressions vagues.

Jessica Pooch
*1986, vit et travaille à Zurich

Tes œuvres transposent certaines observations que tu as faites des comportements dans l’espace public, la manière dont les gens agissent pour recréer une sphère privée dans le public ; la perméabilité des limites entre les deux ; les mouvements qui peuvent être conditionnés par le mobilier urbain, et les situations sociales spécifiques que cela crée. C’est un bref résumé d’éléments et de thèmes auxquels tu te réfères ; peux-tu commenter les travaux présentés dans cet espace ?

Mon travail traite souvent de phénomènes, de formes d’organisation et de mesures qui régissent et influencent la vie en société au quotidien. Ce qui m’intéresse plus particulièrement, ce sont leurs effets sur la façon dont nous nous comportons les uns vis-à-vis des autres. L’espace public en milieu urbain est un lieu où se croisent des mondes parallèles en déplacement d’un point à un autre, qui fait apparaître des dynamiques sociales, un lieu de confrontation et d’insécurité. Les travaux que je réalise partent presque toujours d’un objet utilitaire dont j’examine les modes de fonctionnement et qui me fait prendre conscience non seulement de sa fonction effective mais des usages qu’on pourrait en faire par ailleurs. Le travail Do you feel the energy? s’inspire des conteneurs-poubelles qu’on trouve dans l’espace public. Les photographies sur les canettes de boissons énergisantes ont été prises dans les transports publics avec l’appareil photo d’un téléphone portable. Au départ, les photos de personnes et de leurs mains étaient un sous-produit fortuit des prises de vue que je réalisais de l’aménagement intérieur des trams, bus, rames de métro ou de RER. Je me suis alors mise à photographier  précisément les activités des personnes autour de moi à chaque fois que je me déplaçais en transports publics.

Anja Schori
*1983, vit et travaille à Zurich

Tu as réalisé plusieurs travaux imprimés dont la composition suit une « recherche graphique », à partir notamment d’architectures postmodernes mais aussi de « dessins » formés de manière aléatoire dans la nature ou dans l’espace urbain, que tu photographies. Dans tes derniers travaux, tu composes à partir de formes basiques que tu superposes par le moyen de Photoshop et de ses calques, ou tu les fais dialoguer en les disposant par couches dans l’espace, travaillant sur les effets bi- et tridimensionnels, comme dans le travail psd.01 – psd.21 que tu présentes ici. Peux-tu parler de ce procédé qui inverse en quelque sorte la recherche/cadrage d’une composition déjà existante (images trouvées et cadrées d’architectures par exemple) et de ce travail en particulier ?

En tant qu’artiste je travaille souvent avec le medium de la photographie, le logiciel Photoshop est alors évidement un moyen très important que j’utilise souvent. Au début du travail psd.01 – psd.21 il n’y avait pas de photographie, mais un fichier Photoshop vide. Je l’ai rempli comme un peintre travaille sa toile. J’ai commencé à dessiner des formes très intuitives qui sont le résultat d’une longue recherche formaliste. Le rendu sur des films transparents fait référence aux procédés digitaux de Photoshop qui ne sont normalement visibles que sur l’écran de l’ordinateur. Travailler avec des films transparents et des dessins Photoshop me permet alors de visualiser ces procédés d’une manière analogique et finalement de poursuivre mon approche photographique d’une nouvelle manière. Je suis en train de développer davantage cette méthode pour réaliser un nouveau travail en grand format.

Benjamin Husson
*1986, vit et travaille à Bruxelles

Dans ton travail de séries présentes dans l’exposition et de manière plus générale, non pas pour se prêter à un exercice de style mais pour transcrire quelques mots surlignés dans les notes prises au cours des échanges précédents l’exposition, tu utilises la notion de « sculptorly », et il est question entre autres de « transition de langages entre le pictural et le sculptural », de « compression », d’« écrasement bidimensionnel »,  d’« inversions  d’accrochage », de « tableaux pièges », de « nature morte », de « nature plurielle d’une œuvre », d’« intensité des matériaux » et encore « tout est l’espace d’exposition de quelque chose ». Peux-tu commenter certains de ces éléments ?
Ok avec cette hémorragie de termes. Cela fait de moi quelqu’un d’assez laborieux, celui qu’on n’invite pas aux soirées, parce qu’il pourrait parler du suicide de Debord en plein milieu d’un live de Robotini.
Parlons de commissariat. Pourquoi t’ai-je par exemple donné la responsabilité du choix des visuels superposés à la peinture sans titre, représentant une marmite (Ø 25) de la marque Le Creuset? 
J’ai longtemps perçu l’installation dans sa dimension curatoriale, dans le fait qu’on pouvait considérer ce médium comme faisant exposition dans l’exposition, une manière de produire une œuvre à tendance défensive. Cela pourrait paraitre a priori paranoïaque. Lorsque j’ai écrit négatifs, homophobes, un essai traitant des « pulsions » négatives en littérature principalement, je me suis intéressé à certains courants de la physique théorique et du formalisme en littérature, comme métaphores peut-être de la relation artiste-commissaire.
Il me semble qu’en fonction de l’échelle d’analyse adoptée (celle de l’exposition > celle de l’œuvre > des matériaux > ...), il est possible de considérer l’intervention d’un « commissariat » dans des intervalles très fins, dans une proximité presque indécente à l’œuvre, sans que cela ne remette en cause un principe d’autonomie.

Camille Dumond
*1988, vit et travaille à Genève

Les vidéos que tu produis se situent souvent entre documentaire et fiction, à partir ou en référence à un lieu réel, et comme tu l’écris, « mes sujets se lient aux champs de l’architecture, du cinéma, et de l’espace domestique ». En utilisant la sculpture, en expérimentant des techniques de moulage par exemple, tu tends à un traitement et une observation du sujet similaires à ta manière de travailler caméra en main. On y lit un intérêt pour le processus plus que pour celui de fixer une forme, avec plusieurs sources à l’appui.
Dans le travail exposé ici, on découvre un dispositif évoquant le travelling, une vidéo tournée dans un espace clos, la tentative de « définir un espace » par les protagonistes, peux-tu en dire quelques mots ?

Le film relate la quête d’un espace, en effet redéfini par deux personnes l’une après l’autre, composant un roulement cyclique et simple, qui les surprend dans un temps de leur réflexion et de leur activité, entre le jour et la nuit. Il constitue une recherche d’autonomie de la narration qui passe par les gestes des deux protagonistes manipulant des objets non déterminants, faisant office de matériaux conducteurs, entre le contexte et les voix qu’on entend, multipliant les sens d’interprétations et ayant pour titre 2304 comme ensemble des possibles.

Interior design on dolly présente une composition sur un dispositif de travelling. Sorte de meuble-totem, une étagère prend la place habituelle de la caméra.
Cet objet est pris dans une dynamique de transformation qui a commencé dès le tournage du film où il apparaît. Il s’agit d’un travail antérieur retravaillé au travers des filtres du film puis de l’installation. Sa présence protéiforme accompagne l’activité des personnages du film, puis devient un outil de monstration, de contenant pour collection volante.


Premier plan : Camille Dumond