fp

ACTUEL PIANO NOBILE DEPUIS 1996 LIENS CONTACT ASSOCIATION

isolated systems
Esther Mathis

Esther Mathis utilise un langage photographique pour créer des installations et autres formes qui évoluent dans le temps ou qui en relatent le passage. D’aspect sériel, combinant technologie, bricolage et réactions chimiques, isolated system propose une « constellation » d’éléments qui explore la notion d’énergie dans un sens large..

Exposition du 12 novembre au 19 décembre 2015
Commissariat de l’exposition : Andreas Marti / DIENSTGEBÄUDE, Art Space Zurich
Un concert de Christian Wolfarth a eu lieu lors du finissage.
Feuille de salle (pdf)
Feuille de salle EN (pdf)
Flyer (pdf)

Isolated Systems Vol. 2
Edition de 15; verre, colle, 2015
Production DIENSTGEBÄUDE / Piano Nobile

Intervention acoustique et bruitiste à partir de cymbales en lien avec l’installation artistique, Christian Wolfarth



Crédit photographique : Mauve Serra

Soutiens : Ville de Genève, République et canton de Genève, Loterie Romande, Fondation Ernst Göhner, Pro Helvetia — Fondation suisse pour la culture, Pour-cent culturel Migros, Ville de Carouge, Ville de Winterthur, Fondation Oertli, Fondation Erna und Curt Burgauer, Fondation pour la promotion de lieux pour la culture émergente

 

Avec Isolated Systems Vol.1, Esther Mathis analyse les valeurs esthétiques et culturelles des parasites atmosphériques en créant des écosystèmes miniatures. Plus simplement, l’exposition concrétise un principe de vie fondamental, aussi bien du point de vue sensoriel que mécanique, selon lequel, si l’on connecte ou relie positivement les bons canaux, on peut obtenir une certaine lumière, ou un autre type de flux.

Esther Mathis fait revivre un jeu de notre enfance, celui de la lampe-pomme de terre, un dispositif rudimentaire confectionné avec un légume et souvent présenté aux étudiants pour illustrer la magie simple de l’électricité. Esther Mathis, pour sa part, a équipé individuellement mille pommes de terre d’un circuit de zinc individuel soudé et relié à la main à une ampoule LED – un acte à la fois trivial et magique qui produit un étrange faisceau de lumière.

Esther Mathis a transporté à Genève ses instruments depuis son atelier de Zurich, transformant ainsi l’espace d’exposition de Piano Nobile, plongé dans l’obscurité, en un labyrinthe de fils de cuivre et de cristaux liquides en clair-obscur. Sur le plan esthétique, elle a ainsi conçu un monde à l’intérieur d’un monde.

« … il y a de la place dans ce monde pour des jardins idylliques, pour des jardins lyriques, même pour des jardins didactiques, où, à chaque pas, l’esprit semble grandir, même si le cœur reste insensible. »
“…there is room in this world for idyllic gardens,
for lyrical gardens, even for didactic gardens,
where, at every step, your mind seems to be improved,
even if your heart be not touched.”

(Alfred Austin, The Gardens that I Love,
Le jardin que j’aime, 1894)

A l’origine de ce terrain sans relief, il y a la dynamique perpétuelle de l’entropie, la volonté du cosmos, qui se fait et se défait, fonctionne et dysfonctionne, cherchant l’équilibre tout en se dérobant. Le spectateur expérimente le manque, qui fait partie intégrante de l’installation d’Esther Mathis… le manque d’espace et de lumière symbolisé par l’atténuation des contours. Pour illuminer l’espace selon les normes visuelles actuelles, il aurait probablement fallu installer dans la salle d’exposition davantage de pommes de terre qu’elle ne pourrait en contenir, troublante parabole de l’excès de la modernité vis-à-vis de l’écologie. Comme le relève l’écrivain Georges Perec, membre de l’OuLiPo et phénoménologue urbain, dans son recueil d’essais, Espèces d’espaces, « L’espace est un doute : il me faut sans cesse le marquer, le désigner; il n’est jamais à moi, il ne m’est jamais donné, il faut que j’en fasse la conquête. »

Au fil des semaines, la conductivité des pommes de terre s’estompera, atténuant ainsi la source de lumière, même si ces subtils dégradés s’avéreront pratiquement invisibles pour l’œil humain. L’émission de lumière se transformera en chaleur pure. Les pommes de terre deviendront déchets. Toujours traitée au futur – se transformer – l’échelle miniature du système pris isolément se fait reflet de notre propre déchéance de mortel.

Et ici, sur la terre, arrivent les mouches
Qui, même si elles ne sont jamais les égales des étoiles,
(Et si elles n’ont finalement jamais été des étoiles)
Commencent parfois comme des étoiles.
Seulement, bien sûr, elles n’arrivent pas à tenir ce rôle.
And here on earth come emulating flies,
That though they never equal stars in size,
(And they were never really stars at heart)
Achieve at times a very star-like start.
Only, of course, they can’t sustain the part.

(Robert Frost, Fireflies in the Garden,
Des lucioles dans le jardin,1928)

Comme tout écosystème fragile, Isolated Systems habite des états à la fois processuels et matériels, dont les intersections s’expriment sous forme de matrice plutôt énigmatique que l’on nomme atmosphère. La véritable puissance de l’exposition réside dans sa capacité de représenter un monde à l’intérieur d’un monde, et les atmosphères microcosmiques qui y évoluent. Ainsi, Esther Mathis créée une expérience ludique, un jardin préservé et une installation-bijou à déguster pour la simplicité de son concept et la complexité de sa vision.

Erik Morse, octobre 2015
Traduit de l’anglais par Isabelle Bruchez

Isolated Systems Vol. 1