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Anthony Jaco-Boeykens, Beat Lippert (site)

Exposition du 14 novembre au 13 décembre 2008


Soutiens 2008 à Piano Nobile:
Ville de Genève, Département de la culture
Fondation Nestlé pour l'art


 

 

 

 

Le point de jonction des travaux d’Anthony Jaco-Boeykens et de Beat Lippert pourrait se situer dans le processus qui saisit une forme préexistante, la reproduit, la moule, transfère un état de matière à un autre, afin, de manière imagée, de figer dans le temps une potentielle continuité ; l’acte sculptural est à la fois un outil et un aboutissement. En lien avec une démarche performative, A. Jaco-Boeykens s’intéresse à fixer une action, à solidifier des fluides en suggérant l’idée d’une circulation continue. Les volumes se créent par leur fonction. Un aller-retour entre dessin et installation développe ses recherches. Par une pratique du moulage, B. Lippert s’intéresse à la multiplication, récemment d’éléments archéologiques, manipulant ainsi l’histoire et interrogeant la notion d’« aura ». Tout en poursuivant une recherche sur la présentation muséologique, il explore les situations hors contexte de ses objets.

La pratique sculpturale d’A. Jaco-Boeykens est un dialogue avec les médias de la performance et du dessin. Ses performances sont un processus de constructions « en cours », une mise en place d’un dispositif, plus que la recherche d’un résultat. Elles s’assimilent à des essais en atelier, un montage d’exposition ou des expérimentations en laboratoire. Les gestes, ordinaires et minimaux, manipulent, déclenchent et ritualisent en même temps un processus de construction de la forme. Objets ou liquides sont utilisés dans l’idée d’une mise en mouvement qui, reprise et prolongée dans le travail sculptural, finira par être figée.
Plusieurs séries (en cours) de dessins réalisés au stylo bille sur feuilles quadrillées de format A4, présentent l’une une orientation figurative de l’ordre du croquis, qui focalisent sur des fragments d’installations que l’artiste a faites antérieurement ou qu’il projette. Plus abstraitement, une autre série, dont trois dessins sont montrés à Piano Nobile, utilise les codes de base de la perspective à l’aide d’outils de bureautique (stylo bille, surligneur). Dénuée de toute narration, elle s’attache au tramage existant de la page quadrillée pour créer des constructions géométriques qui circonscrivent un espace sur ce support à caractère illimité.
Les sculptures récentes de l’artiste sont donc un prolongement de gestes performatifs, où le potentiel de la matière première est un élément essentiel. Sans recherches esthétisantes, les formes données sont avant tout au service d’une utilisation du matériau lui-même et du geste qui les a mises en mouvement. L’équilibre de l’ensemble se joue à des détails intuitivement et précisément choisis et assemblés. A Plexus Set parle de flux, dont certaines composantes sont solidifiées par la résine. Plus qu’un assemblage posé « classiquement » sur un support qui sert de socle, les éléments sont incrustés les uns dans les autres. Un processus est arrêté dans le temps, cristallisation de l’acte sculptural, mais les boucles du tuyau ou le support blanc, potentiel écran récepteur d’images, évoquent une continuité, tel le phénomène de la fractale, qui introduit la notion d’infini et dont l’artiste a extrait un signe-logo qui s’accroche à la sculpture.

Dans sa pratique sculpturale, B. Lippert utilise le moulage pour dupliquer ou multiplier un objet, procédé qui génère un questionnement sur la notion de l’authentique, de la fiction et de la falsification. Ses pièces brouillent les pistes, jouent à troubler la réception du spectateur. Les moulages, qui ont en commun l’imitation minérale (résine recouverte d’une poussière de pierre), évoquent un fossile, fausse trace d’un objet, ou reproduisent à l’identique l’objet source ; ils oscillent entre naturel et artificiel. En résonance avec l’archéologie, l’artiste travaille méthodiquement à partir de différentes procédures scientifiques: la recherche, le prélèvement, la conservation, l’archivage pour aboutir à l’illusion d’une reconstitution. Le mode d’exposition, en référence à la muséologie, fait également partie des préoccupations de l’artiste.
Saturninus, quatre reproductions d’une stèle funéraire antique retrouvée à Sion, présentées à Piano Nobile, donnent ainsi l’accessibilité à un objet muséal tout en jouant sur le sens énigmatique de la copie. L’installation minimale qui engendre une sculpture stratifiée, imite l’entreposage dans un stock et ouvre en même temps l’œuvre à une autre lecture, l’amorce d’une construction rudimentaire.
Si actuellement, la matière première de l’artiste se compose d’objets historiques témoins d’un passé auxquels il « redonne une vie », il a également travaillé sur plusieurs « hypothèses » ou fictions. Photographies de paysages extraterrestres dont il fabrique le scénario à partir d’une maquette ou qu’il construit sous forme d’installation, dessins issus d’un disque de données « Golden Record », accentuent encore la distorsion entre une réalité ou une observation scientifique et ses représentations, fantasmées. De même, la reproduction par le moulage d’objets qui n’ont qu’une existence improbable (soucoupes volantes, personnages de fiction, etc.) dont il démultiplie en plus certains fragments, contribue encore à la perte de repères.

Marie-Eve Knoerle