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"Dans un deuxième temps" (1)

Romain Hamard, Sarah Hugentobler, Simon Senn


Du 23 septembre au 16 octobre 2010


Avec le soutien de la République et canton de Genève
Soutien annuel à Piano Nobile : Ville de Genève – Département de la culture
Remerciements : Haute Ecole d’art et de design, Genève ; Maxime Bondu, régisseur

www.simonsenn.com

 

 

Dans un deuxième temps (1)

Les travaux des trois artistes présentés dans le cadre de cette exposition s’articulent progressivement à partir d’une manière documentaire de saisir un sujet jusqu’à la mise en scène d’une action cadrée, tout en opérant des allers-retours entre ces « genres ». Questions d’authenticité, fabulations, traitements de sources live ou reportées ; processus performatifs qui donnent lieu à l’image en mouvement.
Un deuxième volet de cette exposition débutera le 9 décembre et sera axé sur la trace vidéo de performances.

R. Hamard réalise photographies et vidéos selon un principe documentaire tout en évitant de cerner concrètement le sujet. Il s’intéresse aux à-côtés d’événements qui pourraient faire l’objet de reportages grand public ou sensationnels et choisit de braquer son objectif sur le contexte : des hors champs qui génèrent eux-mêmes des récits. Il adopte une manière anti-médiatique de saisir les images en utilisant la caméra et souvent un dispositif de prise vue conséquent, pour observer, expérimenter, constater. Dans ses récentes vidéos, il choisit le cadre de l’action et délègue la dramaturgie aux protagonistes. Les images filmées superposent alors des faits réels et une forme de fiction, oscillant entre une action performée et une situation réelle.

Dans l’installation « Procédure » qu’il produit pour l’exposition, il adopte un sujet de société : une organisation politique autonome qui choisit l’anonymat pour exister. Il s’en empare pour raconter, tout en maintenant un flou ; une certaine fabulation émane des faits. Il donne une voix « masquée » à ce groupe antifasciste et présente en parallèle une image photographique dont le sujet est propre à un imaginaire ou une vision fantasmée de la violence ; la mise en scène en désamorce l’impact. La vidéo, troisième point de vue sur ce groupement, donne un rôle aux protagonistes invités, la caméra suit et constate ;  scène jouée ou situation réelle, reconstitution d’une chasse à l’homme ou légende des milieux antifascistes.

S. Hugentobler a développé un travail photographique avant de se consacrer à la vidéo. Avec des moyens minimaux en terme de décors et de technique, l’artiste se met en scène, plus comme processus de travail que pour une auto-représentation, costumée ou « multipliée ». Elle puise dans des images de found footage, de ses propres archives ou trouvées sur des banques de données en ligne. Ses récentes vidéos sont composées d’une manière théâtrale, l’action est frontale et dirigée pour un public potentiel, dictée ou déclenchée par une source invisible. La construction des vidéos est réalisée empiriquement : l’artiste est seule devant sa caméra et travaille simultanément avec son matériel de montage.

Deux vidéos datant de 2009 sont présentées dans le cadre de l’exposition : « Ohne Titel (Stimme) » et « Ohne Titel (Chor) ». Les deux sont tournées dans le même espace confiné et au décor nostalgique constituant une trame de fond ; elles créent un huis clos. Deux couches d’informations sont superposées et donnent lieu à des interprétations mimées. Le cadrage figé de « Ohne Titel (Stimme) » laisse place à un chœur rejoué par un trio de personnages. Presque un arrêt sur image, le mouvement et les chants sont déclenchés de manière imprévisible et paraissent absurdes.
La deuxième vidéo, utilisant l’interview d’une musico thérapeute, mêle un discours sur le son à une réflexion sur l’image. Là encore, l’action théâtralisée fait transparaître une volonté de révéler la construction artificielle, qui déjoue l’aspect « performé ».

Simon Senn produit ses récentes vidéos et installations vidéo à partir d’interactions entre plusieurs protagonistes. Un protocole et des règles du jeu sont établis ; la caméra faisant partie intégrante des protagonistes. Les corps sont mis à nu et cernés ; les images semblent volées. Outre la notion de voyeurisme qui se dégage des situations, rapports de séduction ou conflits, il s’agit d’une recherche sur le médium de la vidéo lui-même, la mise à distance avec le sujet versus la confrontation, l’intrusion, qui engendrent une prise de risque de part et d’autre.

Dans l’installation vidéo « Clichy-sous-Bois » développée pour l’exposition, il se saisit d’un thème actuel et sensible, sur-médiatisé, celui de la violence dans les banlieues parisiennes. Travaillant sur les lieux communs véhiculés par certains médias, il braque sa caméra sur deux jeunes hommes et les interroge. Le spectateur se trouve confronté à une interview réalisée dans l’espace public, dont la caricature surprend et dérange, l’artiste provoquant ses sujets jusqu’à un point de rupture figuré par la fuite. Ce point de rupture est repris en boucle et forme pour ainsi dire un slogan rythmé. Le déroulement de la scène mené par les questions de l’auteur joue sur une certaine ambiguïté quant aux rôles de chacun, à l’authenticité ou à la fiction.

M. K.