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F(r)ictions

Jeanne Gillard & Nicolas Rivet, Marianne Halter, Reto Steiner, Cyril Verrier

Reflétant le caractère nomade de Piano Nobile au cours de l’année 2009, l’exposition investit un espace de façon éphémère, le dévoyant pour un temps de son cours habituel pour le transformer en lieu de monstration. Les travaux réunis témoignent de gestes plastiques pluriels. Alors que la proposition de Jeanne Gillard & Nicolas Rivet rebondit sur la situation même de l’exposition et s’immisce dans l’espace comme la matérialisation d’un propos analytique, Reto Steiner s’attache aux particularités architectoniques du lieu et y agit comme un faussaire. L’oeuvre de Marianne Halter ouvre l’espace sur un ailleurs fictionnel, filmique et issu d’un constat urbain. Le travail de Cyril Verrier se déroule extra-muros : la performance souligne avec humour une absurdité dont les mots-clés sont « limites » et « mobilité ».

Exposition du 27 novembre au 12 décembre 2009
Arcade Rue Montbrillant 20, Genève

« Dure limite », performance de Cyril Verrier le 29 novembre à 11h
Lieu du rendez-vous : parking, Centre sportif de la Queue d’Arve, 12 Rue François-Dussaud, Les Acacias/Genève

Visuels de la performance


Soutien annuel à Piano Nobile: Ville de Genève – Département de la culture

 

 

 

 

F(r)ictions

Reflétant le caractère nomade de Piano Nobile au cours de l'année 2009, F(r)ictions investit l’arcade d’un immeuble utilisée comme espace polyvalent qu'elle transforme de façon éphémère en lieu de monstration. Loin du traditionnel cube blanc ou d'un espace de perception habituel, les œuvres s'introduisent dans un contexte partial, qui conserve les traces de pratiques et d'usages propres à sa fonction. Elles traduisent des gestes plastiques pluriels et réagissant de façon diverses à la situation même de l'exposition et plus largement au contexte urbain et à ses inhérentes problématiques de rareté de l'espace.

Emboîtée dans le lieu et prenant appui sur un meuble, la pièce de Jeanne Gillard et de Nicolas Rivet se profile comme un volume blanc d’apparence neutre. Forme irrégulière de section quadrilatère, la pièce rebondit sur la configuration même de l'exposition. 3,00015 m2 correspond à la dimension de son emprise au sol ; simultanément, elle représente la surface qu'il serait possible de louer durant un mois dans une arcade comprenant un confort standard à la Rue Lissignol (là où est sis Piano Nobile) pour un montant correspondant au cadre budgétaire octroyé aux artistes pour ladite exposition. L'œuvre prélève ainsi symboliquement une portion de l'espace d'exposition de la Rue Lissignol pour la transférer à la Rue Montbrillant.

Hexaèdre extrudé, l'œuvre devient simultanément la formulation tangible d'un graphique qui investirait l’espace d'exposition; sa forme finale résultant non pas d’un dessein artistique, mais davantage d'une équation dont les variables seraient à chercher dans la sphère du marché immobilier.

C'est sur un autre aspect de l’espace bâti que rebondit la pièce de Marianne Halter. Réalisées à partir d’une série de photographies prises par l'artiste à Paris entre 2003 et 2007, la vidéo montre une enfilade d’arcades abandonnées : petites boutiques et commerces de quartiers restaurants et cinémas délaissés s'inscrivent en une rue hypothétique qui n'aurait ni début ni fin.  L’œuvre projetée ouvre un espace fictionnel dans lequel le développement de la profondeur est stoppé par les arcades murées qui forment une sorte de barrière visuel retenant le regard du spectateur à la surface de l’image. Simultanément, cet espace apparaît modélisé et il tend à une certaine abstraction par la similitude formelle des images (régularité de l'éclairage et de la frontalité de la prise de vue); il souligne les façades décaties et leur plasticité qui développent un riche univers de textures et de couleurs; une sorte d'esthétisation qui suscite un nouvel intérêt pour ces lieux abandonnés et leur insuffle une vie.  Le fond sonore invite à la rêverie et amorce une possible fiction qui se déroulerait hors de portée de notre regard.

Emerge en filigrane une problématique économique et sociale récurrente des grandes villes. En effet, les arcades délaissées traduisent l’effritement d’un type d'économie, celles de petites entreprises privées, qui contribuent à animer la vie de quartier. Les devantures abandonnées évoquent donc des batailles perdues et pointent le tournant d’une économie de plus en plus globalisée.

S'inscrivant dans une légère diagonale, l'œuvre de Reto Steiner souligne le caractère longitudinal de la salle. Dissimulée à première vue, elle s'offre au regard du spectateur dans un second temps et révèle son caractère imposant. La pièce donne à voir la reproduction en plâtre d'un mur de pierres. Il s'agit d'une empreinte prélevée sur un viaduc situé à Frutingen (BE) et érigé il y a plus de 150 ans. Le moulage relate avec une extrême précision l'état de la construction. Le mur porte les traces du temps : suintements d'eau qui forment des renflements calcaires, accrocs divers et réparations marquent les pierres; le mur apparaît vieux et usé et on pourrait volontiers l'imaginer dans un lieu marginalisé, comme un passage souterrain. En choisissant un blanc immaculé pour traduire l'ancien et le sale, l'artiste introduit une distance entre l'original et sa réplique en abstractifiant cette dernière. En présentant clairement ses deux faces (un devant et son verso), la construction affirme l'artifice de son existence et hiérarchise l'espace, en redessinant de facto un périmètre d'exposition à l'intérieur de l'espace de monstration.

Oscillant entre abstraction et figuration, la pièce de Cyril Verrier semble résulter d'un assemblage d'éléments hybrides dans lequel un casque reste clairement identifiable. Il s'agit d'une pièce qui appartient à la performance Dure limite. Placée dans l'espace avant la performance puis après celle-ci, elle est un indice annonçant une action avant d'en devenir sa trace. La performance rebondit sur un autre aspect de la ville, elle s'attache plus particulièrement à la mobilité et à la voiture. Elle dresse une sorte de satyre ou de caricature de l'automobiliste et du culte parfois grandiloquent qu'il peut vouer à son véhicule : l’action réduit en miettes le sacre de la voiture en un ridicule spectacle non dénué d'humour.

M. B.