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Marie-Louise
Laurent Kropf

« Turbulente Zeiten schaffen grosse Führer 
Wer ist Ihr Führer für 2010? »*

 * Traduit de l’anglais, publicité pour un symposium dans une école internationale de commerce.

       
Exposition du 4 au 27 novembre 2010

Sur une proposition de Lionnel Gras, curatrice indépendante

Publication :
Laurent Kropf, Le vieux père, Genève, Boabooks, 2010

Soutiens à l’exposition et à la publication :
La Fondation Leenaards, la Loterie Romande, Le service de la culture de la Ville de Lausanne, Le service des affaires culturelles du Canton de Vaud, Stiftung Erna und Curt Burgauer
Soutien annuel à Piano Nobile : Ville de Genève - Département de la culture

 

 

 

Marie-Louise

Partant régulièrement d’une structure au fort potentiel narratif (la vie d’un personnage historique, une expression polysémique, un extrait de film, un slogan) Laurent Kropf se préoccupe de liens, de coexistences, de relations possibles entre des unités distinctes pour modéliser de nouvelles entités formelles et conceptuelles. Chacune de ses expositions est un territoire à explorer sous le signe de l’index, du fragment et de la synecdoque. Fondée sur la filiation au pluriel, Marie-Louise apparaît comme une constellation de signes liés plus ou moins souterrainement.
Au seuil de l'exposition, un texte qui, selon la logique du collage, vient se mêler à l'ancienne enseigne comme un signe ajouté, annonce une réalité fluctuante, équivoque, à entrées multiples. Tel une citation tronquée ou un «statement» à activer, For momentary language, est une évaluation de film par la Motion Picture Association of America (MPAA) susceptible de subir interprétations, transformations et disparition. D’emblée, ce texte nous informe qu’il ne s’agira pas de faire le point définitif sur une chose, de régler une question ou de faire autorité.
L’écrit, tout comme le livre en tant qu’objet figuré ou suggéré (Hélas, Emergency, Le vieux père), occupe une place cardinale dans le travail de Laurent Kropf. Les mots condensent un maximum de propositions dans un minimum de matière. Souvent employés au sein de champs lexicaux paradigmatiques, ils représentent un point de rencontre privilégié entre les subjectivités de l’artiste et du public et témoignent du fait que le langage n’est pas toujours transparent.
L’artiste affectionne également les matières élémentaires, des plus brutes (le sable, le bois) aux plus précieuses (le bronze), qui entretiennent une relation forte au temps et à l’origine, tout comme la technique ancestrale du moulage employée pour plusieurs pièces. Ces œuvres, de petit format, sont placées dans une intimité certaine avec le spectateur.
Déployé sur le sol de la galerie, Le diamant de l’apprenti montre la prééminence d’une technique maîtrisée et normative. De même que Trop grand pour faillir, il signale que l’autorité assoit souvent sa légitimité sur une connaissance ou une compétence précises. Il illustre la suprématie des formes canoniques de la taille sur la pierre dans un matériau antithétique à la nature de ce qu’il représente.
L’exposition convoque plusieurs figures de héros, réels ou imaginaires, identifiables ou implicites, anciens ou contemporains et souligne ainsi que le besoin archaïque de mythes et de héros tutélaires demeure toujours ancré dans la psyché humaine. Trop grand pour faillir se matérialise dans une sculpture en bronze représentant une main de cowboy gantée qui s'agrippe à une corde pour tenter de rester 8 secondes sur le dos d’un taureau furieux. Dans cette démonstration d’habileté, la chute du héros est cependant inévitable… Silencieux et fragile, Le mythe, constitué d’un ensemble d’épées réalisées d’après la forme du moule de celle maintes fois dérobée à la statue de la Justice située place de la Palud à Lausanne, ne manque pas d’exhumer une multitude d’aventures et de récits.
Laurent Kropf se joue de la réplique, de la répétition, du double (Hélas, Tesson, Le roi vient quand il veut). Pour Hélas, la forme du moule de base -une page- est la même pour chaque pièce mais il s’agit bien, à chaque fois, d’une sculpture différente puisqu’une intervention explosive est venue graver dans la matière du moule originel le souvenir de son souffle. Un autre multiple, en forme de tesson de miroir, renvoie notamment au mythe tragique de Narcisse, victime d’une autoréférence manifestement insuffisante. Ne nous rappelle-t-il pas qu’«un jeune con a toujours besoin d’un vieux con pour lui montrer la route»1  ?
Dans Présentation d’une collection, l’artiste fait état de sa collection de textes et d’images de bandes-annonces de films où l’on voit les grands thèmes moraux utilisés comme des slogans publicitaires ; l’éthique, ensemble de valeurs collectives à prétention universelle, est dans ce cas directement mise au service du monde économique.
De la notion d’autorité, que ce soit celle du spécialiste, du héros, de l’ancêtre, de l’Etat…, Laurent Kropf retient essentiellement l’expression formelle de ses codes et de ses valeurs pour en extirper les potentialités esthétiques. Ainsi affirme-t-il « Ce que je cherche avant tout, c'est une poétique de l'autorité, une image de l'autorité qui va au delà du Napoléon sur son trône peint par Ingres, visible au Musée du Louvre: que cache l'homme que l'on voit, séparé de nous par un code de représentation, une marie-louise et un système d'alarme? ».

Lionnel Gras

1 Sylvain Ménétrey, « Il a fait toutes les guerres », Le vieux père, Laurent Kropf, Boabooks, 2010