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Les rescapés [ schizophonie # 2 ]
Murièle Begert

Composition de voix et de sons, travail d’écriture et jeu d’acteur, installation sculpturale, l’artiste construit un espace d’écoute qui sollicite plusieurs champs. Elle invite le visiteur à s’immerger dans une quadriphonie où des paroles fragmentées évoquent un scénario post-catastrophe. Par bribes, une narration se dessine. Il est question de la condition humaine à une époque instable, d’un système et de ses failles.

Exposition du 15 avril au 15 mai 2010


L’exposition bénéficie du soutien de la Fondation Bea pour jeunes artistes
Soutien annuel à Piano Nobile : Ville de Genève - Département de la culture
Remerciements : Haute Ecole d’art et de design, Genève; Théâtre de l’Usine

 

 

 

 

les rescapés [ schizophonie # 2 ]
Murièle Begert
Durée : 14’30, en boucle
2010

Les recherches artistiques de M. Begert s’orientent depuis plusieurs années vers le médium son, entre « field recording » et composition, plus récemment vers un travail d’écriture aboutissant à une forme de textes sonores.

Au cours des ses travaux, elle a plusieurs fois utilisé les sons captés dans des contextes architecturaux spécifiques; des espaces administratifs qui semblent à priori aseptisés, tours de verre fonctionnant comme des microcosmes (dans (de) construction site muzak et Temporary Temple, surfaces ou résidus (schizophonie # 1), parexemple). Elle s’y intéresse en tant qu’architecture «normée et normative» et en sonde les bruits de fonctionnement qui apparaissent comme des failles ou des fissures métaphoriques vers lesquelles elle pointe son micro. Le processus de prise de son s’apparente à un travail de scientifique allant vers le microscopique. Les sons résiduels, notamment les ventilations, souffles d’ordinateurs, sont traités et rendus abstraits. A l’écoute, ils font néanmoins hésiter entre document et fiction.

Dans résidus (schizophonie # 1),  l’ajout de bribes de conversations confère un aspect narratif au travail ; l’auditeur se trouve au cœur d’une trame dont il ne perçoit que des fragments. Les bâtiments administratifs recelant d’informations confidentielles deviennent alors le cadre d’un scénario de science-fiction.

Ces travaux sont contigus à d’autres projets, photographiques, autour des sujets de ruines, de vestiges ou de bâtiments désaffectés. M. Begert a également exploré le thème des lieux d’habitation par le biais d’interviews. Avec une observation méthodique, elle met en exergue la condition humaine dans des contextes de vie, situations réelles ou anticipations.

Deuxième partie d’une suite de trois installations, les rescapés [ schizophonie # 2 ], conçue pour l’espace Piano Nobile, est fondée sur un matériau vocal qui constitue l’unique source sonore. Après un travail d’écriture puis de direction de l’acteur qui a récité le texte, l’artiste a réalisé une composition quadriphonique, disséqué les paroles, effectué un montage pointilleux. Narratif mais comportant beaucoup d’ellipses, le traitement sonore devient aussi bruitiste.

L’installation dans sa globalité oscille entre abstrait et concret, elle est nourrie par l’ambiguïté des formes et des sons. Huis clos mental, la diffusion sonore qui est en fait un monologue prend l’apparence d’une conversation entre quatre archétypes de personnalités que l’on devine à tendance scientifique, métaphysique, pragmatique et sceptique. Il est question d’une situation post-catastrophe, d’un système et de ses failles, non sans rappeler certaines ambiances de films d’Andrei Tarkovski.

A la limite de l’absurde, les paroles émanent de « figures » construites autour des sources sonores. Les formes cousues et les matériaux choisis pour leur tactilité, avec une allusion non dissimulée au mouvement de l’Anti-Form dans l’histoire de la sculpture et à une utilisation plus symbolique du feutre par Joseph Beuys, évoquent tout à la fois une enveloppe corporelle ainsi qu’une présence spectrale. Ces quatre «personnages», indéfinis et inanimés, témoignent néanmoins d’une échelle humaine, ils font face à l’auditeur-spectateur.

Boîte noire et douches de lumière, outre l’affirmation théâtrale, le dispositif joue également sur une qualité immatérielle. L’espace brouille la notion du temps et s’ouvre à une perception de la valeur sensorielle du son. L’environnement ainsi créé, la bande sonore à partir de laquelle le spectateur peut reconstituer ses propres images, a aussi une dimension cinématographique.
M. K.

Remerciements:
Adrian Marc Filip (voix), Adrien Kessler, Béatrice Deslarzes, Cicero Egli, Lola et Benito, Maxime Bondu, Pierre Schaefer, Vincent Bertholet