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Flatland / Promenade
Mickaël Lianza et Thomas Tudoux

Du 12 octobre au 5 novembre

Flyer de l'exposition

Soutien au projet de Mickaël Lianza:
Fondation Bea pour Jeunes Artistes

 

 

 

Flatland / Promenade
Mickaël Lianza, Thomas Tudoux

Exposition du 12 octobre au 5 novembre
Visite commentée par Zsuzsanna Szabo, historienne de l’art, mercredi 26 octobre à 19h

Ouverture du jeudi au vendredi de 16h à 19h30, samedi de 15h à 19h
Et sur rendez-vous

Chacun de manière spécifique, M. Lianza et T. Tudoux ont développé un mode de création qui réagit à un environnement informatisé, un flux de vie accéléré ; l’un en réutilisant certains codes de représentation d’univers virtuels, construisant des espaces fictifs, l’autre avec une vision sociologique, s’intéressant notamment à l’utilitarisme. L’exposition les réunit autour de la représentation d’un paysage spécifique, urbain versus de synthèse.

Le développement de l’imagerie virtuelle induit une nouvelle lecture de l’espace environnant. À partir de cette considération, M. Lianza développe des installations à parcourir et un recueil de dessins qui constitue une série qui grandit depuis 2009. L’esthétique de ses créations s’apparente au décor de jeux vidéo avec un intérêt pour la ruine et les civilisations disparues ; les architectures et les paysages représentés contiennent quelque chose de l’utopie tout en répercutant, comme il l’indique, « l’image du monde dans lequel nous évoluons – un univers de croisement de flux, d’identités nomades, d’espaces éphémères déconstruits et construits ».
Ses créations dénotent avant tout une attention pour la manière dont un espace s’appréhende ; le point de vue et l’expérience du visiteur autant que du concepteur. Le passage de modules à une forme élaborée ou qui reste à l’état d’ébauche, la proposition faite au public d’évoluer dans un espace qui joue sur l’artificiel. À cela s’ajoutent quelques détails qui amorcent une narration.

L’installation et la série de dessins porte le titre « Flatland », un ouvrage d’Edwin A. Abbott. Ecrit à la fin du XIXe siècle, c’est une allégorie dans laquelle il est question d’un pays à deux dimensions ; les principes de cette société et la hiérarchie entre des formes géométriques basiques y sont présentés par un narrateur « carré ».
Ce clin d’œil humoristique renvoie à l’organisation de l’espace que crée M. Lianza ; un paysage synthétique, issu d’un monde du calcul, donne lieu à une image abstraite. Le motif en damier, résultat des composantes du matériau lui-même, fait allusion à la construction par module dans les logiciels « 3D ». Un décor auquel participent quatre tétraèdres en bois peint. Citant indirectement la notion de Gestalt dans l’Art minimal, ces derniers sont des «solides de Platon», formes essentielles par définition qui rappellent entre autres les premières générations de jeux vidéo.
Comme une ligne d’horizon traçant le paysage, les dessins ouvrent vers un ailleurs ; ils font appel à des images mentales. Créés en plusieurs étapes, ils laissent découvrir une organisation de formes posées ou suspendues dans un espace, première phase informatique : un point de vue est arrêté et donne une base architecturale. Les textures et autres détails réalistes ajoutés ensuite amènent toute l’ambiguïté du travail, entre organique et géométrique, artificiel et illusionniste. L’élément du silence peut être souligné.

Observateur du rythme frénétique de notre époque, T. Tudoux pointe sur des situations en lien avec la valorisation du travail, l’apprentissage scolaire, les conditions normatives, établissant une critique sociale à sa manière. Dans le projet 14,86/20 par exemple, il présente l’intégralité de l’ouvrage Treize à la douzaine d’Ernestine et Frank Gilbreth sous la forme de dictées qu’il a lui-même écrites, se plaçant en situation d’auto-évalutation et de soumission à un rapport hiérarchique. Les auteurs du livre en question, pionniers de l’organisation scientifique du travail, renvoient précisément à une vie placée sous le signe de l’utilitarisme et de l’efficacité.
La pratique artistique de T. Tudoux est un procédé méthodique et lent ; ses créations sont souvent le résultat de gestes répétitifs. Listes, répertoires, lexiques, mais aussi broderie, actions filmées, il cerne un sujet par l’accumulation. L’hyperactivité comme fond et comme forme. Le médium et la technique sont d’ailleurs soigneusement choisis pour transmettre au mieux le propos.

« Promenade » est un intitulé ironique pour constater une certaine rentabilité de l’espace de loisirs ; des parcs publics se voient occupés par du mobilier urbain, utilitaire, des instruments censés sculpter le corps. Trois séries s’alignant sous forme de panoramas, produites d’après des cadrages sur nature à Rennes, Montpellier et Trélazé, parodient une technique de dessin précis et fidèle, d’une facture reconnaissable, dans l’idée de « faire un cadre ». L’accrochage rigoureux permet une allusion aux illustrations scientifiques animalières et à un certain procédé qui permet de fondre le sujet dans son environnement.  Ainsi, les quelques vignettes naturalistes restituent un paysage urbain insolite tout en relevant l’absurdité d’un tel aménagement de l’espace public.

Autre volet du travail de T. Tudoux, « Impatience » se présente comme un exemple d’écran de veille qui est potentiellement invasif, à répandre sur ordinateurs personnels ou smartphones. Le projet comprend douze gestes spécifiques de comportements liés au stress. Là encore, la forme est étudiée pour faire des ponts avec les codes graphiques existants, ceux d’un virus informatique (bleu de l’erreur système, graphisme pixélisé du ms-dos et présentation en mosaïque). 

Marie-Eve Knoerle

Remerciements :
Maryline Billod pour le suivi artistique, Bénédicte le Pimpec, les artistes et les subventionneurs.