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Something About Power

Sélection d’oeuvres vidéo
d’artistes russes

Curatrices :
Maria Korostoleva et Marina Koldobskaya

Le 2 au 4 mars 2006

 

 

 

Piano Nobile présente la première diffusion de Something about power, programmation conçue par Maria Korostoleva et Marina Koldobskaya du Centre d'art contemporain de St-Pétersbourg. La sélection comprend une vingtaine d’œuvres et elle accompagne la présentation du travail des Blue Noses à Genève (ESBA, MAMCO) et en France (Annecy, Angoulême et Lyon). Couvrant une période de plus de 10 ans, allant de 1993 à 2006, ce corpus d’œuvres livre un aperçu d’une récente production vidéo russe et il révèle plus largement le contexte artistique dans lequel s’inscrit le travail des Blue Noses.

Cet événement est proposé par GALA et Maria Korostoleva

SOMETHING ABOUT POWER
Maria Korostoleva
Traduction : Sylvie Rodriguez

Comme le faisait remarquer un de mes collègues curateurs, « la révolution technologique en Russie a été engendrée par la révolution politique ». En effet, c'est au même moment que le pays accédait à la liberté de la presse et que l’abréviation « CPSS » (= Parti Communiste) cessait d’être un synonyme du mot « Parti », que les artistes russes commençaient à se procurer des caméras vidéo et avaient accès à internet. Quand les autorités ont cessé de contrôler la distribution de l'information, il en résulta une liberté d’expression et l’on put observer la réémergence de l’art contemporain.

Comme le reste du pays, après avoir goûté à la liberté, l’art s’est trouvé dans un état proche de l'ivresse permanente. Pendant que la Jeunesse Communiste d'antan distribuait les usines et les puits de pétrole, les acteurs de la scène artistique étaient eux aussi engagés dans une lutte. Comme dans la vie, la victoire est revenue aux plus forts. Dans le milieu des années 90, les actionnistes de Moscou ont évincé les conceptualistes une fois pour toutes. La plus subtile et la plus belle des installations ne pouvait en aucun cas faire concurrence à la vision d’Alexander Brenner en short et gants de boxe conviant Boris Eltsin à un combat équitable sur la Place Rouge, ni à l'homme-chien d’Oleg Kulik, aboyant, attaché à sa chaîne. Vers la fin des années 90, après avoir quelque peu fait le ménage dans ses rangs et s’être installé dans une poignée de galeries et de centres d’art, l’art russe s'est trouvé face à un nouvel ennemi, bien plus redoutable que tous les conceptualistes et bureaucrates réunis: les mass media.

Dans les pays où l’art occupe une niche bien définie, un tel problème paraîtrait absurde. En Russie, par contre, où l'artiste a traditionnellement joué un rôle comparable à celui de prophète, cette façon de penser fait sens. Jusque dans les années 80, les principaux prophètes en Russie étaient les écrivains et les lecteurs cultivés comparaient volontiers en toute bonne foi leur destin à celui de différentes figures littéraires. La culture russe traditionnelle (chrétienne) ainsi que moderne (laïque) ont été construites sur la base de la parole orale et écrite. Mais au début des années 90, il y avait tellement de mots en circulation qu’ils avaient perdu toute valeur. La dévalorisation des mots a été accompagnée d'une révolution médiatique et psychologique. Petit à petit, la culture a changé sa modalité et est devenue visuelle : des magazines de luxe et MTV ont pris le pas sur Guerre et Paix ou Crime et Châtiment sans le moindre effort.

Les artistes ont répondu à cette situation avec deux stratégies opposées. Un premier groupe d’artistes – comme les Blue Noses – ont relevé le défi et ont choisi de confronter les mass media sur leur propre terrain, sur le mode visuel. Un second groupe a, lui, préféré se retirer sur le territoire de « l’art pur ». Bien que ces pratiques aient remporté un succès qui est toujours actuel, l'observateur averti peut de temps en temps les trouver quelque peu discutables. D’un côté il est impossible – et certains diront même pas éthique – de « rivaliser à l'audimat avec le terrorisme». De l’autre côté, il est bizarre de faire semblant de rien alors même que, dans notre pays et sous nos propres yeux la situation a pris un tournant évident vers le pire.

En l’absence d’autres héros, nous ne pouvons que mettre tous nos espoirs sur la jeunesse, bien qu'il soit évident qu’elle ne ressente aucune urgence de faire quoi que ce soit de radical. Le nouvel art ne craint ni le lyrisme ni le poétique. Il ne cherche pas non plus à plaire au public général et garde une vision sobre de la réalité. Il est plus humain, mais aussi plus prudent. Dans l’art comme dans la vie, la nouvelle génération observe avec méfiance les manœuvres de prise de pouvoir. Elle est occupée à définir et à se réapproprier les espaces privés. Elle protège son propre territoire et attend que quelque chose se passe. Malheureusement cette attente s'éternise…


SIBERIAN EXTRA SWISS BONUS
Piano Nobile présente une série de vidéos réalisées dans le cadre du workshop donné à l’ESBA – Ecole supérieures des beaux-arts de Genève - en février 2006 par les Blue Noses avec les étudiants: Jean Ehret, Olmo Guadagnoli, Caroline Mezger Isenegger, Mathieu Richter, Arina Rouzinova, Dorothée Stofer, Joanne Wehrli.

Programme
Giya Rigvava. You Can Count on Me. 1993. 1’29
Viktoriya Begalskaya. Nutcrackers. 2004. 5'58
Pavel Dubov. GDPutin Karaoke. 2005. 0'50
Gliukla (Natalia Pershina-Yakimanskaya). Secret Advises. 2004. 2'40
Dmitry Vilensky. Contact. 2001. 4'40
Anna Ermolaeva. 3' Survival Attempts, 2000. 3'00. loop.
Kirill Shuvalov. Massacre. 2003. 0'59
Aristarkh Chernyshev, Vladislav Efimov. Schwarzen Ecke. 2002. 2 '21
Viktor Alimpiev. "Is it yours?" 2004. 2’18
Elena Kovulina. Waltz. 2001. 5’55
Oleg Kulik. "I love Europe, she doesn’t love me back". September 1, 1996.
Kunstlerhaus Bethanien, Berlin. 6’16
The Blue Noses Group (Viateslav Mizin, Alexander Shaburov). New Russian Charades. One-Minute Animated Sculptures. 2004. 2'20
Yasha Kazhdan. Mona Lisa. 2003. 0'58
ZERGUT. A Visualization of Domestication, or a Special Case in Contemporary Ornithology. 2002. 3’20
Radek Community. Manifestations. 2002. 5’39
Factory of Found Clothes (Natalia Pershina-Yakimanskaya aka Gliukla & Olga Egorova aka Tsaplya). Scarlet Sails. 2005. 7'00
Anton Litvin. Restoration. 2006. 11’18
Natalia Mali and PMP Group. The People and the State: Together We Build a New Russia. 2003. 7’22
Vladimir Bystrov. Magnificat. 2005. 5'05