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System Research

Jacqueline Goss (USA)
Alexander Odermatt (CH)


Du 16 septembre au 1er octobre 2005

Conférence-discussion
le vendredi 16 septembre

 

System Research, vernissage

 

System Research, vue de l’exposition

 

Jacqueline Goss, videos-animations

 

Alexander Odermatt,
photographies et légendes

 

La présentation parallèle de ces deux artistes est motivée par la similitude de leur démarche artistique ; Alexandre Odermatt et Jacqueline Goss mènent tous deux des recherches de grande envergure sur des systèmes de contrôle et de modélisation du monde.

Alexandre Odermatt étudie et documente depuis plusieurs années l’évolution des frontières qui séparaient la Tchéquie et la Pologne de la communauté européenne en photographiant des traces d’immigrations clandestines et la vie de migrants clandestins dans des centres de refoulement.

Jaqueline Goss enquête sur des systèmes cartographiques, métriques et linguistiques-cognitifs. Ses recherches aboutissent à des animations-essais ou à des essais filmiques qui rendent compte du décalage entre l’être humain et les systèmes qu’il crée afin de domestiquer le monde.

Les travaux d’Alexander Odermatt et de Jacqueline Goss se rejoignent aussi dans l’élaboration d’une esthétique à la fois sobre et recherchée et dans la mise en place de récits aux multiples entrées aussi bien sensorielles, émotionnelles qu’intellectuelles qui mènent à une reconsidération de la pertinence de systèmes qui semble culturellement et historiquement « acquis » mais qui aujourd’hui n’échappent plus à des réévaluations politiques et éthiques.

L’exposition System Research présente plusieurs travaux de chaque artiste et comprend également une soirée conférence-débat sur le travail d’Alexander Odermatt et celui de Jacqueline Goss. Cette soirée qui se déroulera en présence des artistes, aura pour but de présenter publiquement ce type de démarche artistique qui, par ses longues phases d’observation, d’enquête et de récolte d’informations est proche de la pratique de chercheurs scientifiques, à la différence près que les artistes y mêlent sensibilité et humour personnel.


Marion Ronca, curatrice de System Research

 

 

Alexander Odermatt
Les photographies et installations photographiques d’Alexander Odermatt sont généralement précédées par de longues phases de recherches. Ainsi pour son travail «Oder/Neisse» qui est une série de photographies sur la région des « frontières-fleuves » Oder (Allemagne – Pologne) et Neisse (Allemagne – Tchéquie), Odermatt a enquêté dans des archives, auprès des garde-frontières allemands, d’habitants des villes frontalières et dans différents centres de refoulement avant de réaliser la série de six photographies et une carte qui indique les endroits où les images ont été prises.
Peu importe s’il s’agit de paysage de zones de passage clandestin, de tables de nuit ou de corridors dans des centres de refoulement, les images d’Alexander Odermatt montrent toujours une absence. Les sujets concernés, les migrants clandestins, les habitants des régions frontalières ou encore les gardes-frontières ne figurent jamais sur les photographies, l’absence est ici synonyme d’effacement d’identité ou d’histoire.
En juxtaposant des légendes aux images, Odermatt montre l’envers de l’absence. Les légendes sont écrites dans un style protocolaire et indiquent la date, le lieu et relatent ce qui s’est passé lorsqu’une ou plusieurs personnes ont tenté de passer la frontière à l’endroit où la photographie a été prise.
La force du travail d’Alexander Odermatt se déploie autour du caractère volontairement non-spectaculaire de ses images qui conjuguent ainsi à la fois l’amnésie des lieux de passage clandestin et l’indifférence de notre époque qui ne connaît plus que des réponses bureaucratiques et répressives à la question.

Dans l’exposition System Research, Alexander Odermatt présente les trois travaux suivants sous forme d’installation :
System-research #1 oder/neisse (2002, C-Print sur aluminium, 56 cm x 46 cm)
Allemagne - Pologne; Allemagne - Tchéquie; 700 kilomètres de frontières. Entre 1995 - 2002 environs 140 morts: Des migrants, dont la tentative de pénétrer illégalement l’espace de Schengen a échoué. Une année de recherche, 9000 kilomètres de voyage, deux mois de photographies.
La série d’images «Oder/Neisse» semble à première vue avoir été photographié un peu n’importe où. Ce n’est qu’en lisant la légende de la photographie par exemple Schmölln-Putzkau, qu’une paroi de rochers s’avère être une carrière avec un puits de 15 mètres de profondeur dans lequel un Vietnamien fut retrouvé mort après une course poursuite lors de laquelle il avait tenté d’échapper aux gardes-frontières.
La juxtaposition de légendes et de photographies dans le travail «Oder/Neisse» n’a pas que des raisons d’être pratiques. Elle indique aussi les limites de la photographie qui malgré sa réputation de média documentaire, n’est pas apte à rendre compte du monde et que le spectateur se trouve face à une construction de l’Histoire qui a forcément des failles et des oublis.
System-research #2 intimacy (2004, C-Print sur aluminium 46 cm x 57 cm)
Centre de refoulement de requérants d’asile de Berlin Köpenick. Une cellule, six personnes. Tous les effets personnels doivent avoir place sur une petite table de nuit. Microcosme de l’intime, de l’origine, de la religion.
Intimacy est une série de portraits creux de détenus et de la vie dans le centre de refoulement Köpenick. L’existence semble réduite à quelques objets et à des murs parsemés de morceaux d’affiches déchirées, vaines tentatives de décorations antérieures.
System-research #3 bodycount (2005, vidéo, couleur 10’)
La vidéo Bodycount traite de la perte de mémoire et de connaissances. Alexander Odermatt a utilisé pour la réalisation de ce travail vidéo des images de documentaires télévisés sur la zone de migration Oder/Neisse auxquelles il a mêlé ses propres clichés pris dans la région en question. «Bodycount» présente l’esthétique d’une vielle copie VHS qui aurait été vue et revue et dont le contenu n’est plus réellement identifiable.
System-research #4 Maroc (in progress)
Dans son projet actuel, Alexandre Odermatt analyse la situation des migrants des régions subsahariennes, qui se trouvent au Maroc. La possibilité de rendre compte de cette situation par l’image est extrêmement limitée. Le gouvernement marocain interdit de photographier les „zones sensibles“. Les migrants, à leur tour, n’informent les journalistes qu’oralement et refusent catégoriquement qu’on les filme ou qu’on les photographie. Car l’expérience leur a révélé que les images pouvaient les mettre en danger ; un film documentaire sur un camp de réfugiés, qui jusque-là était toléré, a conduit à la fermeture et à la destruction du camp.
Les personnes qui soutiennent les migrants aimeraient rester anonymes, étant donné qu’il sont déjà surveillés et qu’ils n’ont que très peu d’espace de manœuvre. Malgré les nombreux contacts qu’Alexandre Odermatt à pu établir, il n’a pu agir que difficilement à l’intérieur de cette „zone sans images“. Les migrants , les sympathisants, l’armée et la police refusent d’être photographiés afin qu’ils puissent poursuivre leurs démarches dans la zone obscure du „non documentable“ sans être dérangés.

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Jacqueline Goss
Jacqueline Goss est l’auteur d’une dizaine d’essais vidéo.
Son travail présente ses explorations et mises en abîme de systèmes linguistiques, cartographiques et métriques. Elle y rend visibles leurs règles, leurs histoires ainsi que leurs failles et leurs contradictions.
Constitués à partir de différents médias (dessin vectoriel, vidéo analogique et digitale, photographie, texte parlé et écrit) ses essais vidéo offrent des entrevues souvent ironiques, des entremêlements complexes de l’histoire de l’ homme et de l’évolution des moyens techniques qu’il s’est donné.

Dans l’exposition System Research les vidéos suivantes de Jacqueline Goss sont diffusées :
How to Fix the World (2004, 28 minutes, couleur, DVD, stéréo)
Basée sur les recherches du cognitiviste A.R. Luria qu’il mena dans les campagnes islamiques de l’Union soviétique dans les années 30, “How to Fix the World” réanime les conversations de Luria avec des paysans d’Asie centrale qui apprenaient à lire et à écrire selon les principes du socialisme. Pour cette animation, Jacqueline Goss a utilisé des photographies de Max Penson des collectifs fermiers, ainsi que des paysages d’Ouzbékistan filmés en 2004. À la fois humoristiques, conflictuelles et révélatrices, ces conversations entre Luria et les fermiers ouzbeks, illustrent un moment historique particulier, lorsqu’une culture essaie de transformer une autre au nom de l’éducation et de la modernisation.
There There Square (2002, 14 minutes couleur, DVD, silencieux)
Cette animation entièrement réalisée avec des images vectorielles relate l’histoire de la cartographie des Etats-Unis et interroge le désir de posséder du territoire, de lui donner un nom et de le contempler depuis une certaine distance. « There There Square » examine de très près le comportement de voyageurs, de cartographes et de saboteurs dont les actes et énoncés déterminent comment nous lisons aujourd’hui des lignes qui définissent les Etats-Unis.
Precisely (work in progress)
La version finale de «Precisely» sera un documentaire animé, enquêtant sur la politique et la poésie des systèmes métriques et leur connections inextricables avec le corps humain. « Precisely » est divisé en deux partie – comment nous mesurons le monde et comment le monde nous mesure. La première partie «EXTERNAL » a pour but de considérer les mérites et les limites du système métrique en tenant compte de son historique et des arguments empiriques et émotionnels contre la conversion représentée par des organisations qui luttent pour le maintient du système de mesure (« Freedom2Measure », « the Dozenal Society » et « Metric Martyrs »). « INTERNAL », la deuxième partie, examine les systèmes biométriques. Retraçant leurs origines et évoquant tout d’abord, le « Bertilonnage »,- un système qui fut inventé à la fin du XIXème siècle pour systématiser l’identification de criminels, - « INTERNAL » interroge la raison d’être des nouvelles technologies d’identification d’individus (scannage de l’iris, empreintes digitales, analyse de l’ADN). À travers une analyse de leur histoire, des stratégies marketing utilisées et des arguments pour ou contre, la logique qui a conduit à des définitions aussi réductrices que rationnelles de l’identité apparaît progressivement.


Site de l'artiste (Jacqueline Goss)